Lucien Bonaparte

Lucien Bonaparte
Lucien Bonaparte, (Ajaccio, 21 mars 1775, - Viterbe, 29 juin 1840), prince de Canino et de Musignano, est le second des frères de Napoléon Bonaparte. Fils de Charles-Marie Bonaparte et de Maria-Létizia Ramolino. Il eut douze enfants de son second mariage dont : Pierre Bonaparte, Charles-Lucien Bonaparte (1803-1857) prince de Canino.

Comme tous les garçons Bonaparte, il fait ses études sur le continent, à Autun, puis à Brienne où il croise son illustre frère. Mais il renonce à la carrière des armes pour celle de l'église et entre au séminaire d'Aix-en-Provence. Revenu en Corse, il continuait dans cette voie quand la Révolution française va bouleverser sa vie. Il a 15 ans et s'enthousiasme pour les idées nouvelles, il devient secrétaire particulier de Pascal Paoli, mais en 1793, à la mort de Louis XVI, Lucien, devenu jacobin se brouille avec Paoli et ourdit contre lui un complot qui échoue et qui provoque le bannissement de Corse de toute la famille Bonaparte. Réfugié à Saint-Maximin, il y épouse Christine Boyer, la fille de son aubergiste en 1794. Jacobin (il prend le nom de Brutus, en hommage au personnage de la Rome antique qui assassina Jules César pour "sauver la République"), ami de Robespierre, il est victime de la répression à la chute de ce dernier et est emprisonné un temps. Grâce à son frère devenu général, il obtient un poste de commissaire des guerres à l'armée du Nord une fois l'agitation de Thermidor retombée.

Il vient à Paris, fréquente Barras, la montée en puissance de Napoléon lui est favorable. Il entame une carrière politique dans le sillage de son frère mais souhaite se consacrer à sa région d'origine. Député aux Conseil des Cinq-Cents pour la Corse en 1798, il en était président le jour du 18 brumaire et avait avec Sieyès activement préparé le coup d'État mais n'en tira que peu de profit. Il devient ministre de l'Intérieur sous le Consulat à partir du 24 décembre 1799, mais il fait de l'ombre au Premier Consul qui l'envoie pendant un an ambassadeur en Espagne ; il y fit prévaloir l'influence française contre le parti britannique et regagna par là les bonnes grâces du premier consul, malgré avoir touché plusieurs pots-de-vins des Espagnols et des Portugais. De retour en France, il est membre du Tribunat en 1802 mais finalement, sa mésentente avec Napoléon le fait s'écarter de la course au pouvoir, il accepte cependant un mandat de sénateur.

Sa première femme meurt en couches en 1800, le laissant père de deux enfants. Il se remarie avec une veuve, Alexandrine de Bleschamp veuve de M. Jouberthon, qui vient de lui donner un fils en 1803, Charles Lucien, union qui provoque la fureur du futur empereur et force Lucien à partir à Rome, à se retirer auprès du pape Pie VII, dont il s'était concilié l'amitié en 1801 en soutenant le Concordat. En 1804, il ne récolte rien des honneurs et promotions du sacre impérial. Il se fixa près de Viterbe dans la terre de Canino, que le pape érigea pour lui en principauté. Il est fait prince de Canino et de Musignano par le pape. La réconciliation ne se fait pas avec Napoléon Ier, si bien que Lucien veut partir aux États-Unis. En 1810, c'est au cours de cette traversée qu'il est arrêté par les Britanniques et emprisonné jusqu'en 1814.

Il apprend le retour de l'île d'Elbe et décide immédiatement de rentrer en France. Napoléon accepte de le recevoir et ils se réconcilient. Il est cette fois couvert d'honneurs et élu député. La chute définitive de Napoléon après Waterloo l'oblige à retourner à Rome, étant proscrit sous la Restauration, il y mourra en exil comme simple particulier en 1840.

Parallèlement, Lucien s'intéressait beaucoup à la vie littéraire et écrivit lui-même quelques ouvrages, ce qui lui valut un fauteuil en 1803 à l'Académie française. Il était aussi un assidu du salon de Mme Récamier. Il composa deux poèmes épiques : Charlemagne et La Cyrnéïde ou la Corse sauvée. Il avait été admis à l'Institut, et fut un des premiers protecteurs de Pierre-Jean de Béranger.


Les ½uvres de Lucien Bonaparte
La Tribu indienne, ou Edouard et Stellina, roman, Paris 1799 (trad. en anglais et en allemand)
Charlemagne ou l'Église sauvée, poême épique en 24 chants, Paris 1815 (traduit en anglais)
La Cyrnéïde ou la Corse sauvée, 12 chants, Paris 1819
Aux citoyens français membres des colléges electoraux, Le Mans 1834
La vérité sur les Cent-Jours, Paris 1835
Mémoires de Lucien Bonaparte, prince de Canino, écrits par lui-même, Paris 1836
Mémoire sur les vases étrusques, Paris 1836
Le 18 Brumaire, Paris 1845
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 02 septembre 2006 04:37

Modifié le mercredi 25 octobre 2006 16:17

Louis Bonaparte: 2/09/1778-25/07/1846

Louis Bonaparte (Lodewijk Napoleon en néerlandais) (Ajaccio, 2 septembre 1778 - Livourne, 25 juillet 1846) est un des frères de Napoléon Bonaparte, fils de Charles-Marie Bonaparte et de Maria-Létizia Ramolino.

Il fut dès l'âge de 16 ans aide de camp de son frère à l'armée d'Italie ; le suivit en Égypte, fut marié en 1802, presque malgré lui à la fille de Joséphine de Beauharnais : Hortense de Beauharnais. Il reçut à la création de l'Empire, le titre de grand connétable ; occupa en 1805 à la tête de l'armée du Nord, le territoire de la République batave ; il quitta loyalement le pays aux premières nouvelles de la paix, ce qui lui concilia l'estime des Hollandais.

En 1806, Napoléon décida de mettre fin à la République batave : la Hollande constituant un point stratégique, il fallait la placer sous une autorité forte. C'est pourquoi il mit sur le trône son plus jeune frère Louis : il croyait qu'en nommant un membre de sa famille il pourrait exercer plus d'influence.

Louis émit cependant des réserves contre les plans de son frère. Depuis des années sa mauvaise santé (il avait des rhumatismes) l'obligeait à fréquenter régulièrement des lieux de cure, et il se voyait mal s'installant dans un pays froid. Il ne lui plaisait pas non plus d'être obligé d'obéir sans discuter aux ordres de l'empereur. Mais devant l'obstination de Napoléon, il fallut bien que Louis s'inclinât.

Sur ordre de l'empereur, une délégation du gouvernement batave partit pour Paris afin de discuter le changement de pouvoir. Napoléon refusa toutefois de la recevoir lui-même, et à leur grande humiliation les membres de la délégation durent demander à Louis au nom du peuple hollandais d'être leur souverain. Une façade de légalité ne pouvait dissimuler le fait qu'on imposait un roi aux Hollandais. Le 5 juin 1806, la cérémonie officielle eut lieu à Paris. En présence de la délégation batave, Louis devint souverain du royaume de Hollande.

Lors de son arrivée en Hollande, Louis rencontra donc un problème d'autorité, parce que les Hollandais se trouvaient devant un roi qui leur avait été imposé. Voici qu'une république séculaire avait brutalement été transformée en monarchie, alors que les patriotes s'étaient précisément opposés avec énergie aux ambitions du stadhouder de devenir roi. Il est vrai que la Hollande jusqu'à l'arrivée de Louis n'avait été une république que de nom puisque le stadhouder avait tenu le pouvoir entre ses mains et avait, de plus, avec l'approbation du Conseil d'État, pu nommer son fils comme successeur; aux yeux des patriotes un roi sur le trône de Hollande n'en représentait pas moins une provocation, qui bouleversait la plus pure tradition républicaine et les principes de la Révolution batave.

De résistance, il en fut peu question. L'entrée de Louis à La Haye laissa voir dans le public plus de curiosité que d'enthousiasme. Seuls quelques tracts incitaient à la protestation et à la révolte. Les Hollandais attendaient avec apathie ce qu'allait apporter le nouveau maître.

Les historiens se sont toujours demandé pourquoi la résistance s'est fait attendre. Il y a plusieurs raisons. Au début la Hollande n'a pas été incorporée à la France. Bien sûr par l'intermédiaire de son frère c'était Napoléon qui tirait les ficelles, mais le pays restait nominalement indépendant et conservait ses lois propres et sa religion, en particulier il était dispensé de conscription. Somme toute l'assujettissement à la France n'était pas total. En second lieu, la transition politique n'a pas été abrupte : le stadhouder Guillaume V gouvernait en fait comme un monarque et, dans la République batave, le pouvoir était détenu par un petit nombre d'individus. Et puis beaucoup de citoyens caressaient l'espoir qu'après toutes ces révolutions, on jouirait d'un peu de tranquillité avec un homme fort.

Face à cette opposition contre un souverain étranger, Louis ne se contenta pas que le pays se résignât à sa présence, il tâcha de gagner son affection et de justifier son autorité. Dès son discours de réception il se hâta de rassurer les Hollandais : même s'il était né en France, il jura de veiller aux intérêts de ses sujets.

Louis prit sa tâche au sérieux, suivit des cours de langue auprès de Willem Bilderdijk, écrivain et poète de cour, dans l'idée de maîtriser le néerlandais. Cela ne fut tout de même pas des plus faciles : au cours d'une allocution à Amsterdam il aurait un jour prétendu être lapin de Hollande (konijn) au lieu de dire roi (koning). Mais cette histoire est contestée. De plus Louis promit de maintenir le néerlandais comme langue officielle de l'administration, et bien que cette décision fût surtout destinée à gêner dans leur tâche les espions français, elle lui valut la sympathie du peuple.

Le roi Louis ne s'enferma pas dans son palais de La Haye, mais visita régulièrement son royaume, même là où le stadhouder Guillaume V ne s'était montré que rarement voire jamais. Ces tournées n'étaient pas simplement faites pour donner le change : il se tenait au courant des problèmes qu'il rencontrait et il tâchait de les résoudre. C'est ainsi que dans le Brabant où une mystérieuse maladie faisait rage, il n'hésita pas à visiter les malades au risque d'altérer sa propre santé. Choqué par la souffrance il fit venir immédiatement les médicaments nécessaires, distribua de l'argent pour couvrir les premières nécessités, et fit venir un médecin de Boxmeer. En quelques semaines l'épidémie fut jugulée. Etant venu au devant de ceux qui avaient besoin de son aide, trouvant toujours la solution nécessaire, il acquit rapidement le respect de la nation.

La ligne directrice de Louis tant qu'il fut roi fut de créer l'unité nationale dans un pays profondément marqué par le sentiment de la région. Le roi renforça les pouvoirs de l'administration centrale sur les administrations locales. À ses yeux, la Hollande était en morceaux et devaient constituer une unité organique : c'est que les villes et les régions menaient la plupart du temps leur politique propre et se sentaient peu concernées par les décisions prises lointainement, à La Haye. Louis divisa le pays en dix départements plaçant à la tête de chacun un gouverneur (landdrost) qui, à l'exemple des préfets français, surveillait à son niveau la politique locale. Les maires des grandes villes furent désormais nommés par le souverain.

Louis s'occupa également de démêler le maquis juridique, car le manque d'une législation uniforme avait pour résultat que les peines variaient considérablement à l'intérieur du pays. Dans tel village, par exemple, le vol pouvait être puni de mort, alors que le même délit n'encourait qu'une amende dans un autre village. Le souverain, pour cette raison, adopta le code civil français et fit en outre rédiger un code national de droit pénal qui fut achevé en 1808. Les idées libérales de Louis transparaissaient dans le nouveau code avec l'abolition de la torture et du travail forcé et, bien que la peine de mort eût été maintenue, le roi pouvait toujours faire grâce.

Les minorités religieuses obtinrent davantage de droits. Certes, la révolution batave avait accordé l'égalité civile aux juifs et aux catholiques, mais dans la pratique la discrimination n'avait absolument pas disparu. C'est pourquoi en 1808 il proclama officiellement l'égalité religieuse, fit entrer en toute connaissance de cause des juifs dans l'administration et s'irrita du manque d'intérêt des catholiques qui continuaient à se tenir à l'écart. Sur ordre du roi, les protestants rendirent même quelques lieux de culte aux catholiques, comme la cathédrale Saint-Jean à Bois-le-Duc.

La résistance à ce roi qui dérangeait les usages séculaires se fit attendre. Louis avait assez de bon sens pour ne pas s'attaquer aux dirigeants locaux, aussi bien la noblesse rurale que le patriciat urbain, dans la mesure où ils lui promettaient de se conformer à sa politique. Et puis ils espéraient qu'un pouvoir central fort pourrait arrêter le déclin de la République, jadis si puissante. Ils étaient certes submergés par un déluge d'ordonnances qui leur venaient de la Haye, mais au moins Louis était celui qui les protégeait d'une dépendance plus directe. Et ils comprenaient que leur roi perdrait son trône sans recours si ses réformes échouaient. S'il était mécontent, Napoléon annexerait le pays ; il faudrait alors supporter la conscription et contribuer à remplir des caisses de l'État, désespérément vides. Mieux valait un roi qu'un empereur : on en était là.

Louis s'intéressait beaucoup à la culture et aux sciences. Pour cette raison il fonda différents instituts qui existent encore sous une forme inchangée, comme l'Institut Royal des Sciences, la Bibliothèque Royale et le Musée Royal. Lui-même allait souvent visiter le Musée Teylers à Haarlem et il n'oubliait pas d'encourager également les arts libéraux en organisant différentes expositions artistiques publiques.

Deux catastrophes nationales donnèrent à Louis de façon inattendue l'occasion de se conduire comme un roi soucieux de son peuple. Un après-midi glacial de janvier 1807, un navire chargé de poudre explosa dans le centre de Leyde. On entendit la détonation jusqu'à La Haye ; du cargo seule l'ancre fut retrouvée, dans un pré à l'extérieur de la ville. Louis se rendit le jour même sur les lieux de la catastrophe, et les ravages causés l'affectèrent profondément. Des centaines de maisons avaient été rayées de la carte, une classe d'école tout entière était ensevelie sous les décombres et entre les ruines noircies par le feu on voyait les restes des victimes.

Le roi intervint efficacement. Il employa la garde royale pour déblayer les décombres, coordonna les activités de sauvetage, demanda aux boulangers de Delft de faire cuire du pain pour les sinistrés, fit venir à Leyde son chirurgien personnel et fit aménager le palais Bosch en hôpital pour soigner les blessés. Ce n'est que le lendemain qu'il retourna à la Haye. Louis veilla également à l'avenir : il interdit le transport de poudre dans les endroits densément peuplés, créa un fonds pour les catastrophes où il versa lui-même 30.000 florins et il exempta d'impôts la ville de Leyde pour les dix années suivantes.

Le peuple apprécia tout de suite son souverain. Partout on ne parlait plus que de Louis le Bon, le père des malheureux. Le poète de cour Willem Bilderdijk chanta ses louanges, tandis que se multipliaient les dessins, les gravures et les tableaux destinés à glorifier la compassion du roi pour son peuple.

Les inondations de 1809 lui donnèrent à nouveau l'occasion d'agir. Des villages entiers avaient été submergés par les rivières en crue, la Betuwe était devenue une immense mer intérieure. Sans laisser voir la moindre peur Louis aida lui-même à renforcer les digues avec des sacs de sable, il coordonna les actions de secours et se rendit dans les villages les plus isolés du territoire pour redonner courage à la population. Une nouvelle fois, Louis donna aux illustrateurs l'occasion de représenter ses actes de bienveillance : une gravure célèbre le montre sur une digue étroite, les pieds dans l'eau, en train de réconforter de ses paroles des villageois désemparés.

Cette offensive de charme et son énergie dans l'action eurent le plus grand succès car, au cours d'un voyage en Hollande du Nord, la population d'Edam lui pardonna son origine française. Il espéra à ce moment-là que les Hollandais oublieraient un jour qu'il n'était pas né dans leur pays, en entendant dire à un vieil homme : « Depuis Leyde nous avons déjà oublié tout cela ».

Les sujets de Louis ne lui prodiguaient pourtant pas que des éloges. Son penchant pour le luxe et la pompe monarchique passait mal auprès des Hollandais habitués à l'économie et qui voyaient d'un mauvais ½il ce roi qui se transportait à grands frais d'un palais à l'autre après les avoir fait luxueusement aménager. Jugeant mauvais pour sa santé le climat de la Haye, trop proche de la mer, il décida de déménager à Utrecht en 1807, et il y dépensa des sommes énormes pour la réalisation d'un palais royal au centre-ville. D'ailleurs il n'y habita pas longtemps, car à peine quelques mois plus tard il s'installait au palais d'Amsterdam sur le barrage, où il fit tout démolir pour avoir une plus belle vue. Mais à Amsterdam non plus il ne put se sentir à l'aise, si bien qu'il passait son temps de préférence à l'extérieur de la ville dans des endroits ombragés comme à Haarlem, Soestdijk ou Amelisweerd.


Le conflit avec Napoléon
Le problème était que Napoléon n'appréciait pas la politique de son frère auquel il reprochait de faire passer les intérêts de la Hollande avant ceux de la France. Même s'il avait la plupart du temps exécuté les ordres de Napoléon, en fermant par exemple les ports hollandais aux navires britanniques, Louis cherchait la plupart du temps l'avantage de son pays.

Ce qui mécontenta dès le début l'Empereur, ce fut le refus de Louis d'introduire dans son royaume la conscription, alors que Napoléon exigeait toujours plus de soldats. Son frère s'estimait incapable de répondre à ses demandes puisque, sur une population de deux millions d'âmes, on ne pouvait fournir une contribution militaire de 40 000 soldats. Il refusait également de réduire autoritairement des deux tiers la dette publique, comme le lui demandait Napoléon : une pareille mesure aurait ruiné nombre de particuliers qui avaient des créances sur l'État et l'économie, déjà affaiblie, aurait reçu un nouveau coup.

C'est pourquoi Louis s'opposa à l'exigence de Napoléon de respecter strictement le Blocus continental. Pour obliger le Royaume-Uni, son ennemie déclarée, à venir à composition, Napoléon avait interdit tout commerce avec elle, ce qui mettait Louis en colère parce qu'une telle mesure ne pouvait que donner le coup de grâce à une économie déjà chancelante. Le système était en principe inflexible et les ports étaient fermés, mais le roi essayait de fermer les yeux sur les contrebandiers qui profitaient de la longueur de la côte.

Lorsqu'en 1809 une armée britannique débarqua dans l'île de Walcheren et eut conquis la forteresse stratégique de Bath, ouvrant ainsi la route vers Anvers, Napoléon déversa contre son frère un nouveau flot de critiques. Bien que Louis eût réussi à arrêter à temps la marche des Britanniques, qui se virent décimés par les fièvres, et qu'ayant rassemblé des troupes à la hâte il eût repris la forteresse, Napoléon jugea que son frère était un incapable. Selon lui, c'était le refus de Louis d'introduire en Hollande la conscription, sous prétexte qu'elle était impopulaire, qui avait permis au Royaume-Uni de réussir son invasion.

Napoléon essaya tout d'abord de séduire son frère en lui proposant le trône d'Espagne, mais ce dernier refusa. L'empereur décida alors de prendre le commandement lui-même. Pendant l'été 1809 Louis dut sur l'ordre de son frère se rendre à Paris, bien qu'en traînant les pieds, et là, après des mois de querelle, il fut obligé de signer un traité cédant à la France le sud de la Hollande. En 1810 Louis revint vers ses sujets, mais peu de temps après les « troupes françaises de surveillance » étendirent encore leur contrôle sur les villes de l'ouest de la Hollande. Louis se rendit compte que l'affaire était perdue ; sans consulter son frère il abdiqua en faveur de son jeune fils Napoléon Louis Bonaparte et s'enfuit à Vienne. La Hollande fut alors annexée à l'Empire français.


Publications
Ce prince philosophe vécut depuis dans la retraite sous le nom de comte de Saint-Leu, et resta étranger au retour de Napoléon en 1815.

Il a publié des Documents historiques sur le gouvernement de la Hollande (3 volumes in-8, Paris, 1820), ouvrage précieux pour l'histoire selon le Dictionnaire Bouillet mais où Napoléon n'est pas épargné.

Comme ses frères Lucien et Joseph, il cultiva les lettres.

Il avait en 1814 dans un Essai sur la versification, proposé de substituer le rythme à la rime en scandant les vers français suivant l'accent prosodique : il voulut même appliquer ce système et composa quelques poésies en vers rythmiques (Lucrèce, tragédie, Ruth et Noémie, opéra comique) ; mais cette tentative n'eut aucun succès.

On a encore de lui :
des Odes (Vienne, 1813)
des Poésies diverses (Florence, 1828), où l'on trouve, avec une philosophie douce, de nobles sentiments exprimés en beaux vers
un roman Marie ou les peines de l'amour (publié dès 1800, réimprimé en 1814 sous le titre de Marie ou les Hollandaises), roman qui paraît être sa propre histoire.

Mariage et enfants
En 1802, Napoléon avait marié son frère Louis à sa belle-fille Hortense de Beauharnais (1783-1837), issue du premier mariage de Joséphine avec Alexandre de Beauharnais, mais cette union ne fut pas heureuse. Hortense ne voulut pas rester longtemps avec son mari en Hollande qu'elle trouvait trop froide, et elle revint en France. Puis le couple se sépara. Ils ont eu cependant trois fils :

Napoléon Louis Charles Bonaparte (1802-1807)
Napoléon Louis Bonaparte (1804-1831), grand-duc de Mons, et roi éphémère de Hollande sous le nom de Louis II.
Charles Louis Napoléon (1808-1873), qui devint l'empereur des Français Napoléon III.

# Posté le vendredi 01 septembre 2006 15:26

Modifié le samedi 02 septembre 2006 04:35

Jérôme Bonaparte: 9 novembre 1784-24 juin 1860

Jérôme Bonaparte: 9 novembre 1784-24 juin 1860
Jérôme Bonaparte, né le 9 novembre 1784 à Ajaccio et mort le 24 juin 1860 à Vilgénis (de nos jours Massy), fils de Charles-Marie Bonaparte et de Maria-Létizia Ramolino, est le plus jeune frère de Napoléon. Il est le prince Jérôme.

Il n'avait que neuf ans lorsqu'en 1793, sa famille se réfugia en France, par suite de son bannissement politique de la Corse.

Au sortir du collège de Juilly, où il fit ses études, il entra dans la marine en janvier 1800, où, l'année suivante, il obtint le grade de lieutenant. Son beau-frère, le général Charles Victor Emmanuel Leclerc, l'emmena à Saint-Domingue. Il pris part à l'expédition de Saint-Domingue et fut renvoyé peu de temps après par Leclerc, avec des dépêches importantes pour le premier Consul.

Sa mission remplie, Jérôme qui avait le commandement de la frégate l'Épervier, repartit sur-le-champ pour la Martinique, et, à la fin de 1802, par suite de la reprise des hostilités entre la France et l'Angleterre, il eut ordre d'établir une croisière devant la rade de Saint-Pierre et l'île de Tobago.

Quelques mois après, obligé par les forces ennemies de cesser sa surveillance, il se retira à New York, il y épousa en 1803, quoique mineur et sans le consentement de sa famille, Elizabeth Patterson, fille d'un commerçant de Baltimore. Ce mariage, comme celui de Lucien, déplut à Napoléon qui, malgré la douleur et la résistance de Jérôme, tendrement attaché à sa femme dont il avait un fils, le fit casser pour cause de minorite.

En 1805, il revint en France et courut plusieurs fois le risque d'être enlevé par les Anglais pendant la traversée.

L'Empereur le chargea immédiatement de se rendre à Alger pour y réclamer 250 Génois que le dey d'Alger retenait en esclavage.

À la suite de cette mission, qu'il remplit avec succès, il fut élevé au grade de capitaine de vaisseau. Du commandement d'un vaisseau de 74, il passa au commandement d'une escadre de huit vaisseaux de ligne qu'il conduisit, en 1806, à la Martinique.

Cette année même, rentré de France, il fut nommé contre-amiral.

En 1807, il quitta le service de mer pour prendre le commandement d'un corps d'armée de de Bavarois et de Wurtembourgeois, à la tête duquel il enleva la Silésie au roi de Prusse, succès qui lui valut le grade de général de division, trois mois après la paix de Tilsitt.

Dans le mois d'août 1807, Jérôme épousa la princesse Frédérique Catherine, fille du roi de Wurtemberg, et six jours après, il fut créé roi de Westphalie. Les diverses puissances reconnurent ce nouveau monarque, qui reçut en même temps de l'empereur Alexandre Ier de Russie la décoration de l'ordre de Saint-André de Russie.

Le roi Jérôme avait alors vingt-cinq ans et toute la fougue de la jeunesse. Fier de la position de son frère et de la sienne, il manqua souvent de modération et de prudence dans le choix de ses amis. Napoléon Ier s'exprima sur son compte à Sainte-Hélène avec quelque sévérité.

Il établit sa résidence à Cassel, introduisit dans son royaume les institutions françaises et abolit de nombreux abus. Il commençait à y joindre l'entente des affaires publiques, lorsque les événements politiques vinrent rendre le prince à la vie privée.

Le roi de Westphalie fit la campagne de Russie de 1812 à la tête d'une division allemande qui se distingua aux combats d'Ostrowno et de Mohilev. Malheureusement à la suite d'un facheux conflit avec le maréchal Louis Nicolas Davout, il se laissa surprendre à Smolensk, faute désastreuse qui le fit reléguer à Cassel.

Les désastres de 1812 et de 1813 forcèrent Jérôme à quitter son royaume. La princesse son épouse ne le quitta pas dans les jours de l'adversité et l'accompagna à Paris ; mais, au mois de mars 1814, les époux durent se séparer, Jérôme pour rejoindre l'impératrice Marie-Louise d'Autriche à Blois, et la reine pour rentrer dans les États de son père. C'est en quittant Paris, à peu de distance de cette capitale, sur la route de Fontainebleau, qu'elle fut attaquée par une bande armée que commandait un ancien Chouan, le marquis de Maubreuil, qui avait fait partie de sa maison en qualité d'écuyer. La princesse y perdit ses diamants, son argent et ses effets les plus précieux, qui lui furent enlevés.

Après l'abdication de l'Empereur, en 1814, Jérôme retourna à la cour de Wurtemberg. Il était à Trieste avec sa femme, quand la nouvelle de l'événement du 20 mars le ramena à Paris. Il avait obtenu de Joachim Murat une frégate sur laquelle il parvint à s'embarquer secrètement. Il assista à la cérémonie du Champ-de-Mai, le 1er juin, et le 2, il prit séance parmi les Pairs.

Ayant obtenu un commandement, il suivit Napoléon en Belgique et déploya dans plusieurs combats la plus grande bravoure, surtout dans le bois d'Hougoumont, où il culbuta deux fois l'élite des troupes anglaises, qui, protégées par un château fort où elles s'étaient établies, faisaient un feu des plus meurtriers. Enfin il resta maître du bois après avoir été blessé au bras.

À la Bataille de Waterloo, il fit des prodiges de valeur et ne quitta le champ de bataille que lorsque tout espoir eut été perdu. Napoléon le ramena à Paris.

Après la seconde abdication, Jérôme quitta secrètement la capitale, le 27 juin, et parvint, non sans peine, après avoir erré longtemps en Suisse et en France, à rejoindre sa femme qui s'était réfugiée chez son père. Il obtint de ce dernier le château d'Ellwangen, mais à la condition de ne pas s'en éloigner et de ne conserver aucun Français à son service.

Au mois de juillet 1816, le roi de Wurtemberg conféra à son gendre le titre de prince de Montfort , sous lequel il a été longtemps connu. Il l'autorisa, dans le mois d'août suivant, à se rendre avec sa femme et ses enfants, un fils et une fille, au château de Bimbourg, près de Vienne, pour y voir sa s½ur Caroline, veuve du roi Murat. Depuis ce temps jusqu'à sa rentrée en France, Jérôme résida alternativement dans un château près de Vienne et à Trieste.

Jérôme Bonaparte rentré en France à la suite des événements de février 1848, vécut quelque temps dans la retraite, à Paris, dans un appartement situé rue d'Alger, 3. La popularité toujours croissante de son neveu, le prince Louis Napoléon, le forçait à beaucoup de réserve pour donner moins d'ombrage au gouvernement d'alors. Cet état cessa à la nomination de Louis à la présidence, par six millions de suffrages. Jérôme reçut le 23 décembre 1848, sa nomination de gouverneur général des Invalides et celle de maréchal de France, le 1er janvier 1850.

Il fut nommé successivement président du Sénat (1851), et fut réintégré, après le rétablissement de l'Empire, dans le titre et les honneurs du prince impérial (1852).

Son corps a été déposé aux Invalides auprès de celui de Napoléon.

Ses Mémoires et sa Correspondance ont été publiés en 1863.

En 1803, il épouse Elisabeth Paterson (1785-1879), sans l'aveu de Napoléon. Le mariage est annulé en 1806). Il a eu un fils : Jérôme Napoléon Bonaparte (1805-1870)).

En 1807, il épouse Catherine de Wurtemberg (1783-1835) fille de Frédéric Ier roi du Wurtemberg. Ils eurent cinq enfants dont :

Napoléon-Jérôme-Joseph-Charles Bonaparte (1822-1891) dit "le Prince Napoléon" qui épouse en 1849 Clotilde de Savoie (1843-1911) fille de Victor-Emmanuel II roi d'Italie
Mathilde-Létizia Bonaparte (1820-1904) dite "la Princesse Mathilde", épouse en 1840 Anatole Demidoff, prince de San Donato (1813-1870) ; ils se séparent en 1847.
En 1853, Jérôme Bonaparte épouse Justine Percoli (1811-1903).

L'actuel chef de la Maison Impériale de France est le Prince Charles Napoléon (1950-...) fils de Louis Napoléon (1914-1997) et d'Alix de Foresta (1926-...).
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 01 septembre 2006 08:11

Modifié le vendredi 01 septembre 2006 14:44

9 novembre 1799- 1804: le Consulat

9 novembre 1799- 1804: le Consulat
Le Consulat, issu du Coup d'État du 18 Brumaire an VIII de la République française (9 novembre 1799), établit avec la Constitution de l'an VIII un régime politique autoritaire dirigé par trois consuls et en réalité par le Premier Consul Napoléon Bonaparte. Il dura jusqu'au 18 mai 1804, date de la proclamation de l'Empire.

Après le coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), un consulat provisoire se met en place avec Bonaparte, Sieyès et Ducos. Les assemblées ont désigné chacune une commission pour les affaires judiciaires courantes et pour la préparation d'une nouvelle constitution, qui fut appliquée le 4 nivôse an VIII (26 décembre 1799).

Les idées de Sieyès imprègnent les projets. Après plusieurs années d'instabilité sous le Directoire, il s'agit avant tout de renforcer le pouvoir exécutif et de faciliter le fonctionnement du régime. De nombreuses séances ont lieu en novembre et début décembre. Bonaparte intervient pour accélérer les choses.

La Constitution de l'An VIII est rédigée par Daunou, qui a déjà rédigé la constitution de l'An III. Daunou appartient au groupe des idéologues, des républicains libéraux hostiles au jacobinisme. La nouvelle constitution renforce l'exécutif et le pouvoir de représentation est confié aux seuls notables, même si le suffrage universel n'est pas officiellement aboli.

La Constitution de l'An VIII marque une rupture avec les constitutions précédentes. On n'y trouve aucune référence aux droits de l'homme ou à la défense des libertés. Elle est en plus beaucoup plus technique : elle définit les pouvoirs, et surtout les pouvoirs de l'homme fort du régime. La constitution apparaît comme taillée pour Bonaparte. On y trouve même le nom de Napoléon, ce qui est très étonnant car une constitution est censée être durable.

Napoléon est désigné comme premier consul donc de fait à la tête de l'exécutif. Il a le pouvoir de nommer aux principales fonctions publiques et il a un certain pouvoir d'initiative en matière législative. De même, le premier consul se retrouve doté de pouvoirs importants en diplomatie et en matière militaire. La constitution ne rompt cependant pas complètement avec la collégialité du Directoire, puisqu'il y a toujours trois consuls (bien que ces deux derniers n'aient qu'un pouvoir consultatif).

Sur le plan institutionnel, il y a également des changements. Le Tribunat, composé de 100 députés dont la fonction est de discuter des projets de loi et de donner leur avis, est institué, ainsi que le Corps législatif, composé de 300 membres qui votent les projets de loi sans les discuter. Le Conseil d'État doit préparer et rédiger les projets de loi. C'est une assemblée purement technique avec une cinquantaine de membres nommés par le premier consul. Le Sénat est chargé de maintenir la constitution. C'est un Sénat conservateur composé de membres cooptés, ensuite nommés sur propositions des assemblées. Cette « assemblée des sages » va progressivement rédiger des textes législatifs, les sénatus-consulte.

Le Consulat est officiellement installé le 1er janvier 1800. Les deux nouveaux consuls qui sont désignés sont Cambacérès et Lebrun. Cambacérès, régicide, fut député lors de la Convention. C'est un spécialiste en droit qui fut ministre de la Justice sous le Directoire. Lebrun est un partisan de la monarchie modérée et un spécialiste des finances. On remarque que Napoléon s'entoure de deux hommes qui ont des sensibilités différentes dans un souci de reconciliation nationale.

Dans les rangs du conseil d'État on retrouve des proches de Bonaparte et le Sénat est présidé par Sieyès. Il coopte les sénateurs dans les jours qui suivent.

L'assemblée est assez mitigée à l'égard de Napoléon. En l'absence de listes de notabilité, c'est le Sénat qui choisit les députés. On privilégie d'anciens révolutionnaires pour permettre une opposition face à Napoléon. En début 1800, le Consulat est donc en place mais encore s'agit-il de trouver un rythme et mettre en ½uvre une politique qui lui permette de durer.

Dès le début du nouveau régime, Bonaparte affiche une volonté de réconcilier les partis, de mettre un terme aux divisions nées de la Révolution. Il invite le clergé à rentrer en France et il lui accorde la liberté de culte le 28 décembre 1799. Napoléon supprime la Loi des otages qui permettait d'emprisonner les membres de la famille d'un émigré et la vente des biens nationaux est stoppée. Il est également possible de se faire rayer des listes d'émigrés (si on était sur la liste, cela signifiait la perte des droits de citoyen). En 1802, Bonaparte va encore plus loin en accordant l'amnistie générale aux émigrés. Ces mesures de réconciliation préparent l'instauration de la paix civile.

Il y a cependant toujours des régions qui échappent au contrôle de l'État. Surtout dans l'ouest de la France on constate une instabilité chronique (insurrections, brigands...). Dès novembre, Bonaparte s'emploie à négocier pour faire cesser les troubles militaires dans l'ouest de la France. Il obtient la signature d'une trêve avec les chefs de la chouannerie. En début 1800, Bonaparte a réussi la pacification quasi-totale de l'ouest, en particulier de la Vendée, en s'appuyant notamment sur le clergé. Restent néanmoins toujours quelques troubles locaux, comme en Normandie. En 1802, le pays est grosso modo pacifié, soit par des négociations, soit par une présence militaire.

Au printemps, Bonaparte décide d'en finir également avec la guerre à l'extérieur. À ses yeux, le régime repose sur la paix qu'il va construire, et donc il faut être victorieux. Le 9 février 1801, Bonaparte conclut la paix de Lunéville avec l'Autriche qui abandonne ses droits sur le Nord et le centre de l'Italie. En mars 1802, la paix est également signée avec le Royaume-Uni par le traité d'Amiens.

Malgré la capture et la déportation en France de Toussaint Louverture, l'expédition de Saint-Domingue est un échec. Le désengagement en Amérique du Nord se traduit par la vente de la Louisiane, consignée dans le traité franco-américain du 20 octobre 1803.

Pour pouvoir durer, le régime doit reposer sur un État solide et structuré dans lequel les citoyens ont confiance.

Tout d'abord, il faut rétablir les finances de l'État et la confiance que cet État suscite. Ceci se fait par une réforme fiscale. Le Consulat hérite de quatre impôts directs du Directoire, dites les contributions directes ou quatre vieilles : la contribution foncière, la contribution mobilière, la patente et l'impôt sur les portes et fenêtres. Bien que ces impôts existent, l'État a du mal à les faire rentrer. Dès 1802, le budget de la France est équilibré.

En janvier 1800, la Banque de France est créée. C'est une banque privée avec le soutien du gouvernement. Elle assure aux finances de l'État des avances en attente de la rentrée des impôts ce qui renforce le crédit de l'État. Avec la réforme monétaire de 1803, elle obtient le monopole d'émission des billets. Le Franc germinal est fixé sur la valeur d'or en réserve que détient la Banque de France.

La loi du 17 février 1800 porte sur l'administration locale. Le point le plus important de cette loi est la création des préfets. Elle conserve les départements hérités de la Révolution mais elle redécoupe les divisions intérieures. Les districts deviennent des arrondissements, la commune est définie et le canton créé. À chaque niveau on trouve un fonctionnaire public (nommé) ainsi qu'une assemblée consultative (élue).

La justice est un des piliers du nouvel État qui devient de plus en plus autoritaire. Le Consulat ne remet cependant pas en cause l'égalité de tous devant la justice, qui est rendue au nom du peuple. Les juges sont élus par les citoyens et on y trouve également un jury populaire. En mars 1800, Bonaparte procède à une réforme judiciaire qui fait en sorte que seuls les juges de paix sont élus (causes mineures, ressort limité au canton). La justice repose désormais sur des magistrats professionnels, en principe inamovibles.

Le ministère de la Police est confié à Fouché. La police fait à la fois du renseignement (état de l'opinion de la population) et préserve l'ordre.

Bonaparte souhaite de codifier les règles de la société, de reconstruire un lien social après la destruction de la société d'ordres de l'Ancien Régime. Le Code civil, envisagé dès la Révolution, est terminé en 1804. Il s'agit de faire une synthèse entre les droits différents de l'Ancien régime et des droits révolutionnaires pour unifier le pays. Le texte est profondément empreint de laïcité pour le rendre acceptable à tous les Français.

En même temps, Napoléon envisage un encadrement religieux. La religion est considérée comme un élément de stabilisation de la société, un ciment social. Dès son arrivée au pouvoir, Napoléon s'occupe de la pacification religieuse. Même s'il a pu envisager une religion civile (comme le culte décadaire par exemple), il préfère s'appuyer sur les religions existantes. La religion dominante en France est alors le catholicisme. En 1800, l'Église catholique française est profondément divisée entre une église réfractaire et une église constitutionnelle, où l'église réfractaire est dominante. Les négociations avec le pape Pie VII débouchent sur le Concordat de 1801. Cet accord permet dès 1802 de réorganiser l'église dans le cadre de soixante diocèses avec de nouveaux évêques et un clergé fonctionnarisé. Les évêques sont nommés par le chef d'État et reçoivent leur investiture canonique du pape. Les prêtres sont nommés et rémunérés par l'État. Le clergé a pour fonction d'assurer la paix, la cohésion sociale et le respect des lois, par exemple en faisant prier pour des succès de l'armée napoléonienne.

La société napoléonienne est une société hiérarchisée non en fonction des ordres mais en fonction de la fortune et de la notabilité. Il y a une dualité entre une élite (environ 100.000 personnes), les citoyens les plus riches, et le reste qui fait l'essentiel de la population. Sur cette base se construit l'édifice politique. Des listes de notabilité sont établis dans chaque département, contenant les 600 les plus imposés, donc les plus riches. Ces listes servent pour la désignation aux diverses fonctions jusqu'à la composition des assemblées. C'est un vivier dans lequel l'État puise pour ses fonctionnaires, ses représentants de l'État. Cette société de notables est un prélude à la noblesse d'Empire.

En 1802, le pouvoir législatif s'est complètement éteint et le Consulat est devenu un régime autoritaire faisant peu de place aux oppositions.

Les jacobins ne sont pas favorables au Coup d'État du 18 brumaire et souhaitent mettre Napoléon hors la loi. Ils se trouvent parmi les premières victimes de la réaction qui suit au coup d'État. Bonaparte prend un certain nombre de mesures pour écarter de la vie politique les opposants les plus farouches. Il fait publier une liste de 34 députés qui sont bannis, 19 étant emprisonnés. L'ensemble du mouvement jacobin est contrôlé par la police mais en même temps, Bonaparte cherche à se rallier le maximum des jacobins. Il se présente comme l'héritier des principes de la Révolution. Malgré ces mesures, l'opposition persiste encore quelques mois, notamment dans la presse. En janvier 1800, Bonaparte fait supprimer une soixantaine de journaux. La menace jacobine est en effet réelle, comme en témoignent plusieurs projets et conspirations contre le premier consul. Entre 1801 et 1802, Bonaparte réussit à réduire à néant l'opposition jacobine.

À la fin du Directoire, les royalistes ont réorganisé leurs réseaux. L'Ouest et le Sud-Ouest sont des régions fortement monarchistes. Dans un premier temps, les royalistes hésitent sur l'attitude à tenir. Dès fin 1799, Bonaparte a engagé des pourparlers avec les royalistes, dont Hyde de Neuville, pour mettre un terme à la Chouannerie. Certains monarchistes espèrent pouvoir retourner Napoléon pour restaurer la monarchie, en faisant de lui un intermède pour rétablir Louis XVIII. Louis XVIII lui-même va écrire à Napoléon le 20 février 1800 pour lui demander de se retirer en sa faveur. Napoléon, entre-temps chef d'État consolidé dans son pouvoir, repousse cette offre et l'attitude des royalistes change. Ils tentent d'éliminer Bonaparte. Après quelques actions spectaculaires, dont l'enlèvement du sénateur Clément de Ris en septembre 1800, les royalistes sont eux aussi surveillés par la police.

Bien que la répression eût été sévère, les deux mouvements subsistent. Les royalistes ont une base arrière: le Royaume-Uni, où se sont réfugiés la plupart des émigrés royalistes.

L'opposition libérale se forme de personnes qui ont soutenu Bonaparte à ses débuts. La plupart a approuvé le 18 brumaire et le rétablissement de l'ordre. Ils restent attachés aux principes de 1789 et ne veulent pas aller plus loin dans le sens d'un régime autoritaire. Benjamin Constant, un libéral, prend la tête de l'opposition et il est le porte-parole jusqu'en 1802. Il proteste contre les atteintes à la liberté. Surtout les tribunaux spéciaux, où il n'y a pas de jury populaire apparaissent aux idéologues comme une atteinte à la justice rendue au nom du peuple. Il ne faut cependant pas exagérer l'opposition de 1800-1802. Elle n'a réussi à faire entendre sa voix qu'à de très rares reprises, par exemple elle fait échouer un premier projet de code civil en 1801 qui leur apparaît comme trop conservateur. On constate également des manifestations contre le Concordat de 1801. Une véritable campagne est menée, notamment dans la presse libérale (La décade philosophique, journal des idéologues). 110 députés s'opposent à la légion d'honneur en refusant une dignité qui paraît renouer avec les ordres de l'Ancien régime.

En 1802, Bonaparte prend en main les assemblées. Il est fondamentalement hostile au parlementarisme. Début 1802 il prend la décision d'épurer les assemblées. 1/5 des tribuns sont éliminés, dont Benjamin Constant. On fait entrer des députés fidèles au régime, comme par exemple Lucien Bonaparte, le frère de Napoléon. Cette épuration contribue à amoindrir l'opposition politique et est accentuée par un nouveau règlement pour le Tribunat. Le Tribunat est divisé en trois sections et ne siège plus en séance plénière. Il devient une simple assemblée technique et le débat public cesse.

Le Consulat conserve le ministère de la police entre les mains de Fouché. Fouché exerce sur le pays une emprise facilitée par des opérations contre le brigandage et l'insécurité. Un véritable système policier se met en place. Pour contrôler les opposants, on procède à des arrestations préventives, comme celle du marquis de Sade. La liberté d'expression et de réunion est limitée, ainsi que la liberté de circulation.

La liberté de la presse est une des conquêtes de la Révolution. La presse se présente comme un foyer d'opposition ce qui incite Bonaparte à censurer la presse et à éliminer un grand nombre de journaux. Le 17 janvier 1800 n'apparaissent que 13 journaux à Paris. Parmi ceux qui sont supprimés on retrouve le Journal des hommes libres. Cependant il ne faut pas exagérer le rôle de la presse qui est essentiellement lue par les notables. Le Journal des débats n'a guère que 10.000 abonnés en 1801. C'est quand même une élite qui participe à la vie politique. On passe à une presse de propagande (Le Moniteur Universel).

La Constitution de l'An VIII octroyait à Bonaparte le pouvoir pour 10 ans. En 1802, Napoléon a incontestablement affermi son pouvoir sur le pays. Il a éradiqué l'opposition extérieure et intérieure. La prolongation de son pouvoir en 1802 n'émane pas de sa propre initiative. Il fait intervenir le Tribunat. Le Sénat suggère d'abord une prolongation pour 10 ans au lieu de passer au consulat à vie. Napoléon impose alors le vote d'un sénatus-consulte qui prévoit alors que désormais le premier consul est un consul à vie. En plus, il obtient un droit de regard sur son successeur. C'est une première étape vers un régime au sein duquel le chef d'État peut se reproduire. Ce sénatus-consulte est accepté par le peuple.

La Constitution de l'An X modifie la composition du Tribunat en réduisant ses membres de 100 à 50. Ceci abaisse encore un peu plus les assemblées et le pouvoir du Sénat s'accroît sur le plan législatif.

Dès février 1800, Napoléon s'est installé aux Tuileries et y a progressivement installé une cour qui ne cesse de se développer, surtout après 1802. Après le Concordat, Napoléon réinstalle une chapelle aux Tuileries et assiste à la messe tous les dimanches. Depuis 1802, il renforce encore plus cette identification avec les rois d'Ancien régime. Il voyage dans les provinces, ce qui rappelle le cérémoniel des visites royales d'Ancien régime. On remarque chez Bonaparte la volonté d'affirmer l'État dans un pays qui depuis dix ans souffre d'un déficit d'images de ses dirigeants.

Le Consulat à vie s'achève en 1804 par la proclamation de l'Empire.

# Posté le jeudi 31 août 2006 11:12

18 mai 1804- 20 novembre 1814: Premier Empire

18 mai 1804- 20 novembre 1814: Premier Empire
Le Premier Empire est le régime instauré en France par Napoléon Bonaparte pour remplacer le Consulat ( 1799-1804 ). Il débute le 18 mai 1804 (sénatus-consulte proclamant Napoléon Bonaparte empereur des Français) et s'achève en avril 1814 (abdication de Napoléon et départ pour l'île d'Elbe). Il sera suivi par la première Restauration, interrompu par l'épisode des Cent-Jours, du 20 mars au 22 juin 1815.

Le plébiscite du 6 novembre 1804 légitime le passage au Premier Empire. Napoléon Bonaparte est sacré empereur à Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804 sous le nom de Napoléon Ier.

Dates marquantes du Premier Empire
18 mai 1804 : Proclamation de Napoléon Bonaparte empereur des Français[1]
2 décembre 1804 : Sacre de Napoléon par le pape Pie VII
2 décembre 1805 : Bataille d'Austerlitz
14 octobre 1806 : Bataille d'Iéna
21 novembre 1806 : Établissement du blocus continental
7 juillet 1807 : Traité de Tilsit avec la Russie
1808 : Guerre d'Espagne
2 avril 1810 : Mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche
20 mars 1811 : Naissance du roi de Rome, héritier du trône
juin à décembre 1812 : Campagne de Russie
L'Europe de Napoléon en 1812. Le Premier Empire au sens strict est coloré en jaune, alors que le "Grand Empire" [2] comprend également ses alliés et les terres placées sous le contrôle de l'armée napoléonienne.janvier à mars 1814 : Campagne de France, Autrichiens, Prussiens et Russes occupent le pays.
6 avril 1814 : Abdication sans condition de Napoléon.
30 mai 1814 : Premier traité de Paris
1815: Cent-Jours de Napoléon.
20 novembre 1815 : Second traité de Paris



Napoléon Ier se fit sacrer à la cathédrale Notre-Dame de Paris par le Pape Pie VII. Il n'a cependant pas communié lors de la messe, n'étant pas pratiquant. Il se couronne lui-même, comme convenu avec le Pape, puis couronne l'impératrice. Cette scène est représentée par le tableau de Jacques-Louis David, Le Sacre de Napoléon.

Textes:

Constitutions françaises
Constitution de 1791 (texte) Assemblée législative
Constitution de l'an I - 1793 (texte) Convention nationale
Constitution de l'an III - 1795 (texte) Directoire
Constitution de l'an VIII - 1799 (texte) Consulat
Constitution de l'an X - 1802 (texte) Consulat à vie
Constitution de l'an XII - 1804 (texte) Ier Empire
Charte de 1814 (texte) Restauration
Acte additionnel de 1815 (texte) Cent-Jours
Charte de 1830 (texte) Monarchie de Juillet
Constitution de 1848 (texte) IIe République
Constitution de 1852 (texte), IInd Empire
Lois constitutionnelles de 1875 (texte), IIIe République

En 1801, le Concordat est signé entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. Le 21 mars 1804, le Code Civil est promulgé. En 1806, le conseil de prud'hommes est crée. En 1808, Napoléon crée l'Université, institution d'état.

# Posté le jeudi 31 août 2006 11:03