Michel Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moskowa, maréchal d'Empire, né le 10 janvier 1769 à Sarrelouis et mort le 7 décembre 1815 à Paris, place de l'Observatoire.
Il était surnommé par ses hommes puis par Napoléon lui-même, le Brave des braves. D'autres surnoms, lui ont été aussi donnés, tels que Le Lion Rouge ou Le Rougeaud, tous en rapport avec ses cheveux roux et sa peau rougie par le soleil. Il avait pour habitude de charger à la tête de ses troupes. Son commandement favori était direction le trou du cul de mon cheval, chargez.
Le jeune Ney s'engagea dans un régiment de Hussards, à Metz où il est sous-officier à la Révolution.
Lieutenant de l'armée du Rhin en 1792, il fut capitaine en 1794 et général en 1796. En septembre 1799, il commanda provisoirement l'armée du Rhin. Le coup d'État du 18 brumaire n'eut pas son soutien total. Il épousa Aglaë Auguie, amie de pension d'Hortense de Beauharnais.
Un des premiers généraux à repérer ses talents fut le général Kléber en 1796. Il dit, en parlant du capitaine Ney :
"Ce Ney est un preneur de villes, avec des tels hommes, un général peut se dispenser de compter le nombre de ses ennemis".
Puis Kléber parti en campagne d'Égypte, le futur maréchal Ney servit sous les ordres du non moins prestigieux général Moreau. Tous deux, mirent fin aux guerres de la révolution, en remportant la trop méconnue Bataille de Hohenlinden, le 3 décembre 1800. Le général Ney y joua un rôle majeur : enfoncer le centre ennemi pendant qu'une opération de contournement était entreprise. Mais un léger incident vint refroidir l'entente entre les deux hommes. Le général Ney entra seul dans une redoute où ses hommes effrayés ne l'avaient pas suivi. Il y reçut plusieurs coups de baïonnettes aux cuisses et au bras. Avant son rapatriement, le général Moreau fit un discours légèrement critique, pensant qu'un général n'avait pas à prendre de tels riques. On peut supposer qu'il s'agit de la raison pour laquelle le général Ney vexé, n'intervint pas en faveur de son ex-chef, lors du procès du général Moreau en 1804.
Le général Lecourbe eut plus de moralité, au prix de sa carrière qui resta en suspens jusqu'en 1815, et son rappel par le maréchal Ney, justement.
En Suisse, en 1803, il sut imposer le gouvernement unitaire voulu par le Premier Consul. Ce qui lui valut l'estime de Talleyrand. Puis, il commanda le Camp de Montreuil et fit partie de la promotion de maréchaux du 19 mai 1804. Le 14 octobre 1805, il gagna la bataille d'Elchingen, qui fut décisive pour la reddition de la forteresse d'Ulm, le 21 octobre 1805.
La bataille d'Eylau, si elle n'est n'est pas perdue grâce aux charges du maréchal Murat, est gagnée grâce à l'arrivée propice et inespérée du 6e corps commandé par le Maréchal Ney.
Le 6e corps, était chargé de poursuivre le Prussien Lestocq au nord. Mais le contact avec Lestocq n'étant pas établi, Ney décida en entendant le bruit de canon de rejoindre le combat, parcourant 80 kilomètres en une seule journée.
La victoire de Friedland peut aussi être mise à son crédit et il est fait duc d'Elchingen le 6 juin 1808. En Espagne, sous les ordres de Masséna, il fut moins heureux à cause de son caractère jaloux et ses disputes avec Jomini, son chef d'état-major, et surtout la haine réciproque qu'il entretenait avec le maréchal Soult. Fait unique pour un maréchal, il fut démis de son commandement et rejoignit Paris où Napoléon ne lui fit étrangement aucun reproche.
Mais l'image d'Épinal, représente à tout jamais le maréchal Ney lors de son héroïque campagne de Russie en 1812. Il y dirigeait le 3e corps d'armée. Pendant la phase offensive de la campagne, il occupait le centre du front de l'armée, et participa à des combats sanglants et frontaux tels que Smolensk ou Moskowa, le 6 septembre 1812. Ce dernier combat lui valut le titre de prince. Puis pendant la phase défensive, il se dévoua à l'arrière-garde de l'armée. Pendant 40 jours, il protégea les débris de l'armée donnant le plus de temps possible aux civils et aux blessées pour suivre la retraite.
Les actes d'héroïsme se succèdent, notamment au "bouchon de Krasnoïe", ainsi qu'à Kowno aux portes de la Pologne. Lors de la Bataille de la Bérézina, il remporta une magnifique victoire. En faisant charger des cuirassiers sur des tireurs embusqués dans une forêt, il réussit l'exploit de faire 5 000 prisonniers avec seulement 7 000 hommes.
À Fontainebleau, il incita fortement l'abdication de l'Empereur et se rallia aux Bourbons, ce qui lui valut d'être nommé pair de France par Louis XVIII. En effet, Napoléon projeta de s'appuyer sur les zones occupées de l'Est de la France pour soulever le peuple contre les alliés. Il en avisa ces maréchaux qui après un concertation s'en offusquèrent. Le maréchal Berthier notamment, incita le maréchal Ney à parler à l'Empereur.
Lors d'un échange verbal célèbre, Napoléon s'écria : "L'armée m'obéira !", et le Maréchal Ney de lui répondre : "L'armée obéira à ses chefs !". Napoléon demanda : "Mais que voulez-vous de moi ?", et le maréchal Ney répondit "Abdiquez en faveur de votre fils !"
Ce que Napoléon fit. Le maréchal Ney accompagné du maréchal Macdonald et du grand écuyer Coulaincourt, alla soumettre cette abdication aux alliés et notamment à Alexandre 1er, Empereur de Russie. Mais à ce moment éclata la terrible nouvelle de la défection du corps d'armée du maréchal Marmont. L'accès à Paris était maintenant offert aux alliés. Les conditions de Napoléon n'avait plus de poids, et la Sénat proclama sa déchéance. Ney ne crut pas nécessaire, à l'inverse de Macdonald et Coulaincourt de revenir donner la réponse des alliés à Napoléon. On dit que cette relative "défection" du maréchal Ney entraîna la tentative de suicide de Napoléon.
La restauration fut une période contrastée pour le maréchal Ney comme tous les autres "parvenus" de la Révolution. La France le comblait d'honneurs, mais les milieux aristocrates et les anciens émigrés, raillèrent cette nouvelle noblesse fabriquée par l'"usurpateur". On dit que la maréchale Ney, Agläe Auguié, était victime de moqueries et rentrait en pleurs chez son mari, qui ne goûtait que très moyennement cet affront. Peut être aussi, cet homme de guerre, n'ayant cessé de combattre depuis près de 30 ans, comprenait bien l'inutilité qu'était la sienne en période de paix.
Lors du débarquement de Napoléon à Golfe-Juan le 1er mars 1815, il proposa au roi Louis XVIII de ramener Napoléon « dans une cage de fer » mais au contraire se rallia à l'Empereur. Contrairement à de nombreuses idées reçues, il n'y eut pas d'affrontement entre les troupes du maréchal Ney et de Napoléon. Durant la nuit agitée du 13 au 14 mars 1815, à Lons-le-Saunier, le maréchal Ney décida, après maintes reflexions, de rallier l'empereur. De toutes parts, les témoignages de ralliement populaire en faveur de Napoléon abondaient. Les canons étaient poussés dans les fossés, et différents bataillons abdiquaient. Le général Bertrand aurait aussi envoyé un courrier menaçant le maréchal Ney. Ce dernier prétendit aussi durant son procès, avoir reçu du général Bertrand, l'assurance que les alliés acceptaient le retour de Napoléon. Quoi qu'il en soit, il est clair maintenant que les forces en présence étaient à peu près équivalentes, et le maréchal Ney se refusa à déclencher un bain de sang franco-français.
Sa décision prise, le maréchal Ney fit afficher une célèbre proclamation de Lons-le-Saunier, dans laquelle il dit avec emphase : Soldats ! La cause des Bourbons est à jamais perdue. La dynastie légitime, que la nation française a adoptée, va remonter sur le trône. C'est à l'empereur Napoléon, notre souverain, qu'il appartient de régner sur notre beau pays...
La fameuse rencontre d'Auxerre entre le maréchal Ney et Napoléon, fut en fait une rencontre à huis-clos. Les témoignages divergent. Il semble que les deux hommes aient fortement haussé le ton. Certains prétendent que Napoléon aurait fortement tancé son maréchal pour sa « défection » de 1814.
Le maréchal Ney a soutenu pendant son procès avoir exigé de Napoléon : Qu'il ne joue plus au tyran.
En tout cas, les deux personnages emblématiques semblèrent fâchés et ne se revirent plus jusqu'au 12 juin 1815, quand Napoléon rappela le maréchal Ney pour commander les 1er et 2e corps d'armée dans la campagne de Belgique qui commençait.
Napoléon avait besoin de « grands noms » pour son armée et le maréchal Ney, quant à lui, voulait laver la honte de sa « défection », et montrer qu'il était toujours le héros de la campagne de Russie.
La campagne de Belgique fut mal menée du début à la fin. Le maréchal Ney, appelé de dernière minute, n'arriva aux Quatre-bras que le 15 juin 1815. Et de plus, il arriva seul, sans état-major, et transporté dans une charette de paysan. Dès le lendemain commença la bataille des Quatre-Bras où un faible détachement de Britanniques et Hollandais résista malgré de faibles troupes et un manque de munitions. Le maréchal Ney prétendit n'avoir pas reçu d'ordre précis d'attaque, et Napoléon dit avoir envoyé un courrier précis exigeant cette attaque. Rétrospectivement on peut dire que cet ordre est un mensonge de Napoléon. Le maréchal Soult, chef d'état-major durant cette campagne et ennemi personnel du maréchal Ney, avoua sur son lit de mort au fils de Ney n'avoir jamais eu connaissance de cet ordre. Or, tous les ordres passaient normalement entre ses mains. Cette bataille manquée est probablement, à ce jour, un des seuls reproches qu'on puisse faire au maréchal Ney.
S'ensuit la bataille de Waterloo. Immense et complexe bataille, qu'il est difficile de développer en quelques lignes.
Néanmoins, on peut dire, que Napoléon est très malade ce jour-là. Il fut surpris plusieurs fois vomissant et somnolant loin du champ de bataille. Le maréchal Ney quant à lui fit preuve à son habitude d'une activité débordante. On dit qu'il avaient les vêtements lacérés, le visage souillé de boue et de sang, et le chapeau perdu.
Pour certains, le maréchal Ney est le perdant de Waterloo, et pour d'autres il en est le vrai vainqueur.
Tout se résume à un moment bien précis : Vers 15 h 30, la 1re ligne britannique amorce un recul stratégique derrière le chemin d'Ohain au fort dénivelé. Le maréchal Ney croit alors à une retraite britannique, et lance toute sa cavalerie à la charge. Et ce avec d'autant plus d'empressement que l'on sait déjà que les Prussiens s'approchent.
La charge est énorme. Une des plus grosses charges de cavalerie de l'histoire. Napoléon déplore cette charge, mais la soutient néanmoins avec la cavalerie sous ses ordres. La cavalerie est trop nombreuse, d'autant plus que des bataillons suivent spontanément ce mouvement d'ampleur. Mais malgré cela la charge réussit. Wellington donne des ordres pour préparer un embarquement. Il pleure même. La ferme du Mont Saint-Jean passe aux Français.
Le maréchal Ney fait demander un renfort d'infanterie à Napoléon qui refuse en disant : Des renforts ? Mais où veut-il que je les trouve ?. Cette erreur historique fut fatale et d'autant plus surprenante, que Napoléon disposait alors du corps de Mouton-Duvernet.
En quelques instants la bataille bascule, les carrés britanniques se reforment, et peu apès, la cavalerie prussienne arrive au contact. L'infanterie britannique avance maintenant, et le maréchal Ney repart à l'attaque, à pied, à la tête de l'infanterie restante.
Il tenta à nouveau une charge désespérée à la tête de la division Durutte, en s'écriant : Venez voir comment meurt un maréchal de France !. Mais sans réussite. Son sublime entêtement, échoua, accentuant d'autant plus les pertes françaises.
Il eut ce jour-là cinq chevaux tués sous lui. Tous les témoins présents, dirent qu'il cherchait la mort, mais que la mort ne voulut pas de lui.
Après la défaite, vint le temps des règlements de comptes. Napoléon dès son retour à l'Élysée culpabilisa ses maréchaux et notamment le maréchal Ney, et le maréchal de Grouchy. Le maréchal Davout prit la défense du maréchal Ney en disant : Sire, il s'est mis la corde au cou pour vous servir !. Analyse juste, et prémonitoire...
La réécriture de l'histoire de Napoléon, et la vengeance des royalistes fit son ½uvre. À la seconde Restauration, Le maréchal Ney est détesté par tous les partis, sauf par les Républicains qui étaient alors trop minoritaires.
Il fut décidé que ceux qui s'étaient mis au service de l'Empereur avant le 20 mars 1815, date à laquelle Louis XVIII avait quitté la capitale, étaient des traîtres. Joseph Fouché fut chargé d'en établir la liste. Talleyrand déclara à son sujet : « Il y a une justice à rendre à Monsieur le duc d'Otrante, c'est qu'il n'a oublié sur la liste aucun de ses amis ».
Un seul maréchal sur cette liste et tout en haut : le maréchal Ney. Malgré des complaisances de Fouché, alors ministre de la Police, qui lui donna deux passeports pour fuir en Suisse ou aux États-Unis, le maréchal Ney, resta en France, chez une cousine de sa femme. Il est alors arrêté près d'Aurillac. Le Roi, qui avait appliqué à la situation la fermeté que réclamaient à la fois les alliés et la sûreté de son trône, n'en déclara pas moins : « L'arrestation de Ney nous fera plus de mal que sa trahison du mois de mars ».
On dit qu'il fut reconnu grâce à un sabre égyptien que Napoléon lui avait offert et qu'il laissa en vue de tous. Le maréchal arrive à Paris sous escorte le 19 août. Il est aussitôt incarcéré à la Conciergerie. Il est transféré à la prison du Luxembourg en traversant des villes où l'on souhaite soit le lyncher, soit le délivrer. Mais il ne tente pas de s'enfuir, et rassure même les deux gendarmes effrayés qui sont chargés de le garder. En chemin, le général Exelmans, lui proposa de le délivrer et de l'escorter où il le souhaite, mais il refusa. On dit que des officiers vinrent le libérer à la prison du Luxembourg, mais qu'il refusa aussi.
Le Conseil de guerre devait juger le maréchal Ney. Il restait cependant à composer. Il devait nécessairement comprendre des maréchaux de France et la présidence en revenait de droit à leur doyen, le maréchal Moncey, duc de Conegliano. Mais celui-ci se récusa dans une lettre adressée au Roi :
«...Qui, moi ? J'irais prononcer sur le sort du maréchal Ney ? Mais, Sire, permettez-moi de demander à Votre Majesté où étaient les accusateurs tandis que Ney parcourait les champs de bataille ?... ».
Mécontent, le Roi destitua Moncey et lui infligea trois mois de prison. Le maréchal Jourdan fut alors désigné pour présider le Conseil de guerre. Ney est assisté par Berryer père et Dupin. Berryer, connu pour ses opinions monarchistes, est désavoué par ses collègues :
« Que vous vous disposiez à défendre le maréchal du crime de haute trahison dont il est forcé de s'accuser lui-même, c'est ce que personne ne veut croire... ».
Le maréchal Ney ne souhaite pas être jugé par ses anciens camarades dont il craint la rancune à la suite d'incidents passés. Ney a été élevé à la pairie par Louis XVIII ; il peut donc exiger d'être jugé par la Chambre des pairs. Si juridiquement l'idée est défendable, elle l'est beaucoup moins d'un point de vue tactique car la Chambre des pairs est en effet constituée de royalistes convaincus et, par conséquent, dans leur majorité farouchement hostiles à l'accusé. Cependant Berryer et Dupin acceptent le point de vue de leur client et cherchent à gagner du temps.
Ainsi, devant le parterre de maréchaux et de généraux qui composent le Conseil de guerre, l'accusé dédaigne de répondre à l'interrogatoire d'identité et déclare, à la stupéfaction générale, décliner la compétence du tribunal. Pair de France au moment où se sont déroulés les faits dont il est accusé, il demande, en se fondant sur les articles 33 et 34 de la Charte, son renvoi devant la Chambre des pairs.
Le conseil se retire et par 5 voix contre 2 se prononce pour l'incompétence. Ney est ravi et félicite son défenseur :
« Ah ! Monsieur Berryer, vous m'avez rendu un grand service ! Voyez-vous, ces gens-là m'auraient fait fusiller comme un lapin. ».
On comprend mal sa satisfaction, car la défense vient de laisser échapper la seule chance qu'avait Ney d'éviter le peloton d'exécution. Ainsi que Lamartine l'observe :
« Les maréchaux et les généraux pouvaient se souvenir de ses exploits : les pairs ne connaîtraient que son crime ».
Ainsi, le 10 novembre, le Conseil de guerre, faisant droit à la requête des défenseurs de Ney, se déclarant incompétent, Ney fut jugé par la Chambre des pairs.
C'est donc la Chambre de Pairs qui juge le maréchal Ney. Plusieurs éminents personnages se font dispenser. Notamment Talleyrand, qui dit ne vouloir participer à un tel crime. Le débat est évidemment à sens unique. La Chambre des pairs étant à forte majorité monarchiste.
Un ultime rebondissement survient le 6 décembre. La ville de naissance de Ney, Sarrelouis, vient de devenir prussienne depuis le traité de Paris du 20 novembre. Dupin déclare donc que Ney ne peut être jugé, car il est maintenant prussien. Évidemment, le maréchal Ney, se lève, interrompt son avocat, et dit : « Je suis Français et je resterai Français ! » La cause est entendue. Trois questions de fait sont donc d'abord posées. Leur formulation est telle que la condamnation paraît inévitable.
Première question : le maréchal Ney a-t-il reçu des émissaires dans la nuit du 13 au 14 mars ? L'appel nominal donne les résultats suivants : 111 voix pour, 47 contre. Le comte Lanjuinais, le marquis d'Aligre et le comte de Nicolaï s'abstinrent, protestant qu'ils ne pouvaient juger en conscience, attendu qu'on avait refusé à l'accusé le droit de se faire entendre sur la convention de Paris.
Deuxième question : le maréchal Ney a-t-il lu, le 14 mars, une proclamation invitant les troupes à la défection ? Trois membres, ceux qui venaient de protester, votent contre, et 158 votent pour.
Troisième question : le maréchal Ney a-t-il commis un attentat contre la sûreté de l'État ? Le résultat donne 157 voix pour, 3 voix pour avec atténuation et 1 voix contre. Lanjuinais a répondu « oui » mais en ajoutant « couvert par la capitulation de Paris » ; d'Aligre et de Richebourg « oui » mais en faisant appel à la générosité de la Chambre. Le vote négatif est celui du duc de Broglie, le plus jeune des pairs de France qui déclare :
« Je ne vois dans les faits justement reprochés au maréchal Ney ni préméditation ni dessein de trahir. Il est parti très sincèrement résolu de rester fidèle. Il a persisté jusqu'au dernier moment. »
Et dans ses Mémoires il se souvient :
« Nous délibérions dans une atmosphère d'intimidation dont le poids était étouffant. »
La dernière question porte sur la peine à appliquer. Lanjuinais, soutenu par Malville, Lemercier, Lenoir-Laroche et Cholet, tente de faire adopter la peine de déportation que 17 pairs votèrent. Parmi eux, le duc de Broglie.
Cinq pairs, le comte de Nicolaï, le marquis d'Aligre, le comte de Brigode, le comte de Sainte-Suzanne et le duc de Choiseul-Stainville, tout en s'abstenant, proposent de recommander le maréchal à la clémence du Roi.
Finalement, 139 voix, réduites à 128, à cause d'avis semblables entre parents, réclament la peine de mort.
Parmi ceux qui ont voté la mort : 5 maréchaux d'Empire : Sérurier, Kellermann, Pérignon, Victor et Marmont (au contraire, le maréchal Davout est venu le défendre), le vicomte de Chateaubriand, le comte Ferrand surnommé « le Marat blanc » et le comte Lynch nommé par Napoléon maire de Bordeaux, comte de l'Empire et chevalier de la Légion d'Honneur, qui ira jusqu'à réclamer la guillotine.
En outre, non content d'avoir obtenu la condamnation du maréchal, Bellart requiert qu'il soit rayé des cadres de la Légion d'Honneur.
Une petite phrase circule sur l'avocat Bellart à l'époque : « Si l'éloquence est un bel art, Bellart n'est point l'éloquence. »
La sentence est rendue à 11 heures et demie du soir. Les pairs appliquent la règle du conseil de guerre et la lisent en l'absence de l'accusé
Les défenseurs ayant compris que tout espoir est perdu n'assistent pas à la lecture de l'arrêt et se rendent dans la cellule qu'occupe depuis deux jours le maréchal, au Palais du Luxembourg. C'est une petite pièce située au troisième étage sous les combles, à l'extrémité ouest de la galerie où le Sénat conservateur avait installé ses archives, au-dessus de l'actuelle salle des conférences. Une plaque de marbre y a été apposée en 1935.
Pendant la lecture de la sentence, les défenseurs du maréchal vont le voir dans sa cellule. Ils le trouvent en train de dîner très tranquillement : « Je suis sûr que M. Bellart ne dîne pas avec autant d'appétit que moi » leur déclare-t-il. Puis il embrasse ses défenseurs et les remercie chaleureusement de leurs efforts. Après leur départ, il se met à rédiger ses dernières dispositions et se jette tout habillé sur son lit pour y dormir paisiblement.
A 3 heures du matin, le secrétaire-archiviste de la Chambre des pairs, Cauchy, le réveille pour lui communiquer la sentence. Le général de Rochechouart, qui commande la place de Paris, l'informe qu'il peut recevoir trois visites : sa femme, son notaire et son confesseur.
La maréchale vient rendre visite à son mari dans la cellule avec leurs quatre enfants. Elle s'évanouit en apprenant la sentence. C'est en vain qu'elle implora sa grâce auprès de Louis XVIII. Celui-ci aurait dit qu'il était favorable à cette requête, mais que seuls Wellington ou la duchesse d'Angoulême (fille de Louis XVI), pouvaient en prendre la décision.
La maréchale alla alors, demander grâce à Wellington qui accepta tout d'abord, puis renonça devant les difficultés et les obstacles. Puis, elle alla voir la duchesse d'Angoulême qui refusa sèchement. Cette dernière dit plus tard, après avoir lu les témoignages du comte de Ségur, regretter son geste. Et que s'il elle avait su qui était réellement le maréchal Ney, elle aurait demandé sa grâce.
On proposa un confesseur à Ney qui répliqua, « Vous m'ennuyez avec votre prêtraille ! » Puis il accepta finalement, convaincu par un ancien soldat de la campagne de Russie, devenu croyant à cette occasion.
Ney écrit une dernière fois à son beau-frère :
« ...Avant 24 heures je paraîtrai devant Dieu avec des regrets amers de ne pas avoir pu être plus longtemps utile à ma patrie ; mais il saura, ainsi que je l'ai dit devant les hommes, que je me sens exempt de remords... ».
Puis il s'entretient avec le curé de Saint-Sulpice.
A 8 h 30 une voiture vient chercher Ney. Il porte non pas sa tenue de maréchal mais un simple costume bourgeois. Une pluie fine tombe. Au curé de Saint-Sulpice qui se range pour le laisser passer, il déclare : « Montez monsieur le curé, tout à l'heure je passerai premier ». Le cortège s'arrête avenue de l'Observatoire. Le maréchal refuse qu'on lui bande les yeux et, s'adressant aux soldats : « Camarades, tirez sur moi et visez juste ! ». Rochechouart rapporte qu'il prononça également les paroles suivantes : « Français, je proteste devant Dieu et la patrie contre le jugement qui me condamne. J'en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu. Vive la France ! ». Puis il s'écroule sous les balles. La phrase qu'on lui prête « Soldats, visez droit au c½ur ! » semble plus romanesque que véridique.
Une dernière fois, la maréchale alla demander grâce à Louis XVIII, et son frère le comte d'artois, futur Charles X, la reçut et lui dit sèchement : « Madame, votre demande n'a plus d'objet. »
Il tombe face contre terre. Conformément à la coutume, la dépouille resta 15 minutes seule. Un incident survint. Un cavalier britannique fit bondir son cheval par-dessus le cadavre. Un officier russe, qui avait exprimé ostensiblement sa joie, fut rayé des listes de l'armée russe par Alexandre Ier qui appréciait beaucoup le maréchal Ney.
Mais les héros ne meurent pas. Et c'est ici que commence la légende du maréchal Ney. Comme Masséna, Louis XVIII et Wellington, le maréchal Ney était franc-maçon. Et certains prétendent que Wellington aurait persisté dans son envie de sauver son valeureux adversaire. Avec l'aide d'un cousin de Napoléon et de Louis XVIII lui même, une mise en scène aurait été préparée pour faire croire à l'exécution. Le maréchal Ney aurait porté un gilet rempli de sang de porc, qu'il aurait crevé lorsqu'il ordonna aux soldats de tirer. De plus, on dit que le mur contre lequel il a été fusillé, aurait été criblé d'impact de balles, laissant présumer que les tireurs auraient volontairement manqué leur cible. Il aurait ensuite, grâce à des complicités franc-maçonnes, rejoint les États-Unis où il aurait entammé une carrière d'enseignant.
Un homme se réclamant de son identité est mort à Brownsville en Caroline du Nord en 1846. Il s'appelait Peter Stuart Ney. Nom troublant car, Pierre était le prénom du père du maréchal Ney, et l'on dit que sa mère descendait de la dynastie des Stuart écossais. Ce Peter Stuart Ney enseignait le français, l'allemand, l'hébreu et les mathématiques.
Il ne se revela son identité qu'a deux reprises: Tout d'abord, lorsqu'un élève lui apporte un journal français anonçant la mort de Napoléon. Il s'evanouit et est transporté chez lui. Quelques heures plus tard, l'élève vient lui rendre visite, pour prendre de ses nouvelles. Il découvre un Peter Stuart Ney ensanglanté dans son lit, avec les veines tranchées. Peter Stuart Ney survécut. Et la seconde révélation eut lieu sur son lit de mort. Il dit en anglais : "By all that is holy, I am Marshal Ney of France!"
Plusieurs soldats vinrent identifier ce mystérieux personnage, et furent catégoriques, il s'agissait bien pour eux du maréchal qui les avait menés au combat. Deux expertises graphologiques eurent lieu. Elle donnèrent des résultats contradictoires.
La tombe de Peter Stuart Ney arbore un petit drapeau français et l'inscription équivoque suivante :
"In memory of Peter Stuart Ney, a native of France and soldier of the French Revolution under Napoleon Bonaparte, who departed this life November 15, 1846, aged 77 years."
Ce que l'on peut dire, c'est que plusieurs choses sont troublantes. Tout d'abord des témoins présents lors de l'exécution, trouvèrent surprenant qu'il s'écroule face contre terre. Mais le principal mystère est le suivant : en 1903, la Troisième République française décide de donner au maréchal Ney une sépulture digne. En effet, il était depuis 1815 enterré sous une simple dalle. On construit donc l'actuelle tombe, massive et digne. Pour cela, le cercueil est exhumé. Le fossoyeur qui ouvre le cercueil constate et témoigne à qui veut bien l'écouter, que le cercueil est vide ! On lui dit que la raison en est la mauvaise qualité du cercueil en sapin qui s'effrite facilement. Le squelette serait recouvert par ces fragments de sapin.
Il est troublant qu'un professionnel connaissant son métier, ne sache pas reconnaître un cercueil vide, d'un cercueil plein. Ce témoin est décédé subitement quelques temps après. Peut être que les techniques modernes, telles que l'analyse ADN, pourraient lever ce grand mystère de l'histoire de France.